Il se confirme que ce gouvernement n'a aucun plan cohérent pour l'assurance maladie, si ce n'est continuer la même politique collectiviste et technocratique qui échoue depuis 30 ans (voire 60 ans). Au lieu de favoriser l'ouverture à la concurrence (qui découle des directives européennes), seule solution pour remédier aux déficits et à l'accroissement de la dette, il se limite à continuer dans le rapetassage absurde. Tant que le Titanic n'est pas au fond de l'eau, les politicards espèrent rester à la barre et refiler à leurs successeurs la patate chaude, cet héritage honteux du communisme français ("du génie national", disait l'ancien président du soviet suprême Chirak).
Aujourd'hui, on parle d’instaurer une "franchise", en faisant mine ainsi d'emprunter aux techniques de l'assurance pour faire croire qu'on n'est pas la pire entreprise de spoliation et de démolition de la société qui ait jamais existé en France, après le Comité de Salut Public et le pétainisme. Qu'inventera-t-on demain ? Une loterie pour tirer au sort les remboursements qui seront honorés ? Une exclusion de ceux qui seront jugés trop fortunés pour mériter d'être remboursés, mais assez fortunés pour continuer à cotiser ?
La santé est un "bien" assez difficile à assurer (c'est encore plus vrai pour la SS qui n'est pas une assurance), car elle ne relève pas du pur aléa auquel sont habitués les assureurs. En effet, nos comportements influent sur notre santé. Et le fait d'être assuré influe aussi sur nos comportements. Même s'il n'est pas toujours facile de séparer ce qui est du domaine de la malchance ou de l'accident, de ce qui était prévisible (cancer du poumon pour le fumeur, cirrhose du foie pour l'alcoolique), il semble justifié de faire payer davantage les populations à risque, voire de refuser de les assurer. C'est ce que font certaines assurances privées avec les questionnaires de santé (des questionnaires pas bien méchants d'après ce que j'ai pu voir). L'assurance n'est pas de l'assistanat : celui qui veut être assuré alors qu'il met sa santé en danger ne demande pas autre chose que d'être assisté par les autres, à qui il fait payer les résultats de son irresponsabilité. Les risques avérés qui semblent par ailleurs inassurables peuvent être pris en charge par des mécanismes de solidarité volontaire, mais c'est un autre sujet.
L'article suivant d'Econoclaste, une franchise pour les dépenses de santé, discute des deux problèmes principaux de l'assurance santé : la sélection adverse, et l'aléa moral.
La sélection adverse : les gens en bonne santé auront tendance à ne pas s'assurer (cas fréquent aux US), tandis que les autres auront du mal à trouver des assureurs qui les acceptent. Conclusion autoritaire : il faut obliger tout le monde à s'assurer et/ou empêcher les assureurs de faire de la sélection.
L'aléa moral : ceux qui sont assurés se sentent sécurisés et se lancent dans la surconsommation médicale ("de toute façon, c'est remboursé"). Conclusion autoritaire : il faut rationner les soins ou faire payer plus cher ceux qui exagèrent.
En fait, l'assurance (la vraie, pas la SS), connaît ces soucis depuis longtemps et sait les traiter. La SS, elle, ne connaît que les solutions autoritaires qui pénalisent tout le monde tout en aggravant les problèmes.
La sélection est déjà un fait en pratique : ainsi, les assurances santé privées sont plus chères pour les vieux que pour les jeunes. On pourrait imaginer que les fumeurs ou les obèses payent plus cher (ce n'est pas encore le cas en pratique, à ma connaissance). Dans un monde idéal, on serait assuré avant que le risque survienne, par exemple à la naissance, voire avant, ce qui éliminerait le problème de la sélection. Dans le monde réel, il est légitime que l'assureur examine le risque avant de l'assurer (il n’est pas là pour faire de la bienfaisance, mais pour fournir à ses clients un service au meilleur coût).
On peut rétorquer que cela conduit à une intrusion inacceptable dans la vie privée des gens, et que les compagnies d'assurance ne devraient pas obtenir d'information sur les caractéristiques de leurs clients (c’était un des arguments en 1945 pour instaurer une SS universelle obligatoire). Mais d’une part on accepte une telle « intrusion » dans bien d’autres domaines (assurance auto, demande de crédit…) ; d’autre part, procéder ainsi introduirait une asymétrie d’information qui avantagerait les « mauvais clients » et ferait grimper les primes (voir aussi pourquoi n'existe-t-il pas d'assurance-divorce? chez Econoclaste). Cela explique d’ailleurs les difficultés perpétuelles de la SS, qui encourage à la consommation en déresponsabilisant les assujettis (qui trouvent là un moyen légitime de se rebeller : « je peux dépenser tout ce que je veux, de toute façon la sécu me coûtera toujours pareil ») .
Quant à l'aléa moral, la franchise est un des moyens de limiter ses effets, d'autant plus intéressant pour le client que sa prime d'assurance s'en trouve réduite par rapport à un contrat sans franchise (dont rien à voir avec la SS autoritaire qui vous fera casquer toujours autant, franchise ou pas).
Evidemment, la SS est incapable de traiter convenablement ces problèmes, puisque ce n'est pas une assurance, mais un mécanisme de répartition collectiviste aveugle et injuste.
Si vous êtes parvenus jusqu'ici et que vous jugez mes propos scandaleux, c'est sans doute que vous confondez assurance et solidarité. Cette confusion est à la fois la justification de l’existence de la SS et l’explication de son inefficacité.
29.5.07
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5 commentaires:
Un tout petit désaccord.
Je pense qu'il faudrait éviter d'employer les anti concepts de "sélection adverse", d'"aléa moral" (ou de "hasard moral") et d'"asymétrie de l'information".
Présentés comme des concepts, ils sont la porte ouverte à tous les errements que nous connaissons et, surtout, à l'intervention des hommes de l'Etat en matière d'assurance qui a conduit, en France, à l'organisation de la sécurité sociale obligatoire (OSSO).
Ceux qui les emploient se situent dans un contexte de certitude - qu'ils élargissent en cours de route pour pouvoir considérer des "chocs" comme ils disent - ou bien dans un contexte d'incertitude déterministe - où implicitement ils mettent en jeu des gens omniscients qui peuvent juger de l'asymétrie d'information des uns ou des autres -.
Je cite :
"La sélection adverse : les gens en bonne santé auront tendance à ne pas s'assurer (cas fréquent aux US), tandis que les autres auront du mal à trouver des assureurs qui les acceptent."
Cette définition est absurde sauf à considérer des êtres humains irresponsables, qui vivent au jour le jour et qui ignorent le droit de propriété.
Je cite encore :
"L'aléa moral : ceux qui sont assurés se sentent sécurisés et se lancent dans la surconsommation médicale ("de toute façon, c'est remboursé")."
Cette définition est encore absurde sauf à considérer que non seulement les êtres humains sont comme susdit, mais encore qu'ils sont des délinquants et qu'il faut que les hommes de l'Etat - qui eux sont omniscients et ne sont pas bien évidemment des délinquants ! - les esclavagisent.
Certes, vous écrivez :
"En fait, l'assurance (la vraie, pas la SS), connaît ces soucis depuis longtemps et sait les traiter."
Vous avez tout à fait raison.
Mais je n'emploierai pas le mot "souci" et j'écrirai plutôt d'entrée :
dans l'ignorance en restriction permanente où il se trouve grâce à ses efforts d'innovation, l'assureur parvient à réduire le coût de son action. Encore faut-il qu'il ne soit pas entravé par les réglementations des hommes de l'Etat, en particulier, en matière de contrat d'assurance.
Entre nous, les "éconoclastes" tendent à instiller le poison de l'interventionnisme...
Bravo encore pour ce que vous écrivez.
P.S. Sur ce même sujet de la franchise, j'ai écrit hier sur mon blog "La franchise, le dernier oxymoron implicite" : les grands esprits se rencontrent.
Chère Laure,
En tant que fumeur (ouuuh pas beau vilain !), je ne puis que souscrire à vos idées.
Toutefois, dans mon assurance à moi, on ne me ponctionnera rien pour les séances chez le gynéco, les mammographies, les avortements, etc.
Ben oui, étant un homme, je ne veux pas souscrire pour des risques liés à la féminité ! Chacun sa merde !
Votre article est intéressant, mais ce systèmene fonctionne que "toute chose égale par ailleurs". Qu'il faille sérieusement réformer tout cela, c'est un fait. Toutefois, au risque d'apparaître comme un atroce gauchiste, je ne pense pas que l'on puisse assurer la santé, comme le reste !
Je sais que vous connaissez cet argument !
Cordialement
Phil
Le problème avec la SS c'est qu'elle s'érige d'autorité comme un assureur public monopolistique. Ce qui fait qu'elle tue toute innovation qui pourrait venir du marché. Il suffit de voir que les assurances privées (européennes) sont bien moins chères et beaucoup plus efficaces qu'elles.
En matière d'assurance santé, je pense qu'il suffirait d'être assuré pour les "coups durs" tels que l'hospitalisation ou la longue maladie. Se faire rembourser quelques euros de Doliprane, c'est de l'escroquerie, au vu des cotisations monstrueuses qu'on paye pour ça.
Bonjour,
Cela fait un moment que je lis votre blog et meme si je suis d'accord avec vous la plupart du temps, je suis toujours un peu sceptique quand à la notion de solidarité (dont il est question tout en bas de ce message).
Je ne parle pas de la couverture des personnes qui n'ont pas de travail (parce qu'elles n'en trouvent pas ou ne peuvent pas travailler et non parce qu'elles n'en ont pas envie) qui pourraient etre couvertes par un autre fond.
Mais qu'en serait il des personnes qui gagnent peu d'argent (SMIC ou un peu plus). J'ai lu plusieurs fois ici que meme pour un smicard, les cotisations des assurances privées sont moins couteuses que les prélevements forcés des URSAFF. Certes, j'ai vérifié, c'est vrai. Pour un célibataire.
Maintenant si on considère quelqu'un au smic (ou meme un peu plus) avec 2 enfants a charge. Ca n'est plus du tout pareil. Avec notre système plus ou moins pourris, il ne cotise pas plus. Avec une assurance privée, ca lui coute beaucoup plus cher et bien plus cher que les cotisations de la sécu.
Bien sur il est tout a fait normal que quelqu'un avec des enfants (qui sont toujours malade en plus :-) ) paye plus d'assurance qu'un célibataire.
Mais ou s'arrete le "normal" pour quelqu'un qui a de l'argent et ou commence le besoin de solidarité ? Un smicard avec un unique smic ne pourrait vraissemblablement pas payer une assurance privée complete pour 3 personnes vu les couts que j'ai pu voir sur les assurances privées qui seraient reconnues en france. Ni d'ailleurs une complete pour ses 2 enfants et une beaucoup plus sommaire pour lui même.
Toutes les propositions que pu lire ici et ailleurs indiquent une obligation d'assurance, sous entendu, que tout le monde pourrait payer dès lors que l'on dispose d'un travail. Ce qui n'est peut etre pas le cas.
Qu'en pensez vous ?
Ces soi-disant "éconoclastes" semblent bien être les plus conformistes des rationalisateurs de l'étatisme.
Ils répètent les vieilles lunes sur le risque moral et la contre-sélection qui "justifieraient" l'intervention de l'état alors que la seule conséquence qu'on devrait en tirer si elles correspondaient à la réalité, c'est qu'on ne pourrait pas assurer contre la maladie.
En effet, on ne peut jamais dire que l'intervention de l'état améliore la situation, puisque cela impliquerait de pouvoir comparer les jugements de valeur de personnes différentes. Or, la valeur, ça ne se mesure pas.
Cependant, la preuve du fait qu'on peut assurer le risque de maladie, c'est qu'on le fait quand les hommes de l'état ne s'en mêlent pas.
D'où vient l'erreur ? De cette conception absurde de l'information qui règne en économie mathématique, qui décrit l'action comme une réaction mécanique, comme si les gens savaient exactement quoi faire dans un cadre social, tout en étant incapables de communiquer les uns avec les autres.
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